Appel à communications

Si les réflexions sur la représentation théâtrale ont principalement porté, jusqu’à une époque récente, sur la coprésence vivante (et humaine) de l’acteur et du spectateur, dans un même lieu au même moment, la prise en compte croissante du rôle qu’y tiennent les technologies, l’environnement et d’innombrables facteurs de différentes natures, explique l’intérêt grandissant des praticiens et des théoriciens du domaine pour toutes ces « autres coprésences » qui permettent la représentation scénique et ses effets. Les « tournants » qu’ont connus les études théâtrales au cours des vingt dernières années – performatif, sonore, non-humain, intermédial, affectif, postlinguistique, écocritique, etc. – témoignent bien de cette évolution. Le théâtre n’est cependant pas un cas isolé. Ces tournants relèvent en effet d’un vaste mouvement de pensée né avec le XXIe siècle, les Nouveaux matérialismes, qui traverse l’ensemble des sciences humaines et fait écho à certaines avancées majeures des sciences naturelles, transformant irréversiblement la perception que l’humain a de l’environnement où il évolue et du rôle qu’il y tient et qu’y tiennent les autres composantes de cet environnement.

La « nouveauté » des Nouveaux matérialismes tient, entre autres, à leur rejet des dualismes traditionnels – vivant/mort, animé/inanimé, énergie/masse, immatériel/matériel, actif/passif, humain/non-humain, intentionnel/non-intentionnel, présent/médiatisé, etc. – et de l’anthropocentrisme qui ont marqué les sciences humaines du Long XXe siècle. Ils reposent sur cette idée maîtresse que la « matière » porte en elle un potentiel agentiel qui lui est propre, dont l’humain n’est pas la cause, la source ou le bénéficiaire. La pensée néo-matérialiste n’est pas antihumaine pour autant, au contraire, puisque l’humain ne se trouve pas hors de la matière, hors de la nature, hors de l’environnement, il en fait partie. Mais elle substitue à une dynamique agentielle verticale et unidirectionnelle – fondée sur une conception de l’humain dominant le monde (et en tirant profit) –, une dynamique récursive pluridirectionnelle où l’humain est un actant parmi d’autres, qui agit sur son environnement pendant que ce dernier le transforme.

Espace anthropique par excellence, qui place des humains face à des humains, la scène théâtrale se révèle aussi un remarquable objet d’étude pour les approches néomatérialistes puisqu’il s’agit d’un écosystème complexe où interagissent de multiples agentivités, où s’entrechoquent des pouvoirs, où émergent d’innombrables vecteurs de significations et d’affects, où s’entremêlent le physique, le discursif et le symbolique. En cela, la scène est représentative d’autres réalités agentielles complexes et peut apporter sur elles un éclairage très utile.

Le colloque international « Théâtre et Nouveaux matérialismes » propose donc d’examiner la réalité de la scène vivante, actuelle et passée, selon des perspectives issues de la pensée néomatérialiste, des divers courants qui l’animent et des « tournants », évoqués ci-dessus, qui en balisent le développement. La réflexion ne se limite évidemment pas à la scène théâtrale traditionnelle mais est ouverte à l’ensemble des pratiques scéniques vivantes.

Plus précisément, les propositions porteront sur :

1. La conception et la fabrique du spectacle

  • Impact des différents actants humains (scénographes, metteurs en scène, concepteurs sonores, etc.) et non-humains (décor, meubles, objets, atmosphère, etc.) sur le processus théâtral.
  • Scénographie, dispositifs de la scène, hautes et basses technologies, environnements physiques du théâtre, « scène sans bords ».
  • Intermédialité, multimodalité, interdisciplinarité et interartistique.
  • Matérialité du texte dramatique; supports d’édition, de diffusion et de conservation; « immatérialité » ou évanescence du théâtre.

2. Les pratiques et modalités de ses réceptions :

  • Pratiques et postures du spectateur et leur rapport à l’environnement physique.
  • Nouveaux modes et lieux de diffusion.
  • Matérialité de la critique et du commentaire.

3. Les dynamiques institutionnelles et l’évolution des valeurs :

  • Aspects politiques, idéologiques, historiques et institutionnels de la production et réception du théâtre.
  • Financement et investissement en infrastructure; matérialités du théâtre amateur et professionnel.
  • Apports de la sociologie posthumaniste à une réflexion sur les nouveaux matérialismes et les études théâtrales.
  • Apports à la formation : la pensée néomatérialiste et la formation en théâtre.

La durée prévue des communications est de 20 minutes, suivie de dix minutes d’échanges avec l’assistance.

Les propositions de communication doivent comporter au maximum 250 mots, être accompagnées d’une brève notice biobibliographique, mentionnant l’affiliation universitaire, et doivent nous parvenir d’ici le 5 décembre 2018 à l’adresse suivante :

SQET2019@gmail.com

Le comité de sélection accepte les interventions sous diverses formes, communications traditionnelles et démonstrations, y compris les projets de séances complètes de trois à quatre participants, et privilégiera les propositions explorant des enjeux problématisés plutôt que les approches purement descriptives. Comme le colloque se déroule sous l’égide de la Société québécoise d’études théâtrales, les communications en anglais sont acceptées, pourvu qu’elles soient accompagnées d’une traduction écrite de l’essentiel du propos.